Mohammed Boustane est un des artistes calligraphes
marocains les plus représentatifs.
Né en 1960 à Casablanca, il vit à Marrakech
où il anime des ateliers d’art et s’occupe d’activités
associatives à l’intérieur comme à l’extérieur du Maroc.
Sa rencontre et ses échanges artistiques en 1995,
avec le leader calligraphique perse Jiha Nguiri furent
déterminants dans son parcours artistique.
Etroitement lié à la danse de l’âme et la spiritualité, ses
recherches s’orientent vers une quête de voir dans les
lettres, de les faire danser.
Ses oeuvres sont crées sur papier, peau et thuya, il part
de la tradition, mais la «recrée, la rénove et la retrace».
Il a participé à de nombreuses expositions au Maroc,
France, Suisse, Luxembourg, Italie, Portugal et d’autres
pays
Il vient d’exposer à Abu Dhabi et se prépare pour la
Biennale 2008 à Shareja (E.A.U) à laquelle il est invité.
Membre d’Ambre Maroc, membre de l’AMAP, intervenant
socio -culturel à la fondation Dar Bellarej, membre de
l’association française hollis danse de l’âme.
Signes célestes
Chez Boustane, la calligraphie est d’abord une
affaire de passion et de patience. Ses déliés, ses
jambages et ses chutes expriment une esthétique
de la forme poussée aux limites du rafinement.
Essentiellement gestuelle, son écriture cible parfois
une représentation géométrique déterminée si ce
n’est pas celle d’objets abstraits dans un espace
très sobrement coloré.
Ainsi calligraphiées et positionnées, les lettres
sont symboles de création ; le monde est tiré
du néant de la «page» au moyen d’un l’alphabet
formulé comme le sésame d’une réalité spirituelle
fondamentale.
Que ce soit sur du cuir ou du papier, exception
faite des effets chromatiques, les phrases
forment corps solidement maintenu, dont les liens
représentent les actions et les idées qui se référent
généralement à des sons.
Le rapport avec la pensée est articulé par les
écarts, les nuances et une manière graphisme
aérien, en touches légers et rapides, un tantinet
décoratif, - autant de notes musicales en l’air
comme un prélude à une symphonie.
Le jaune pale et la couleur marron servent de toile
de fond à un lettrage en sumac dont la consistance
et l’impact varient selon la nature des tracés.
Boustane reste néanmoins idèle à un coloriage très
rudimentaire, proche matériellement de la teinte
sur tissu, et dont l’usage s’inscrit normalement
dans la tradition.
Contrairement aux artistes calligraphes dont
regorge la ville de Marrakech, l’artiste évite les
couleurs démonstratives de la peinture artistique
et réduit sa palette à une véritable mystique de
la pigmentation en parfaite harmonie avec son
dessin de calligraphe.
C’est que son esthétique de la lettre véhicule aussi
une éthique, un sens du sacré qui donne à son
travail un caractère sublimatoire.
Dans chaque œuvre soufle l’esprit, un esprit
qui précipite les mots dans un espace inconnu
et les fait vibrer comme si la lumière les avait
soudainement touchés.
Boustane semble très inspiré par ce que sa main
trace, qu’il tire de l’espace du tableau pareil au
chaos, avec des gestes d’alchimiste transmuant
chaque lettre en signe céleste et expérience
intime mêlés.
Abderrahman Benhamza