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La structure sonore de l’invisible. Ce fut en 1980 qu’Elias Canetti faisait resurgir, par la parole, la place Djemaa El Fna dans La voix de Marrakech, ivrement subjugué par l’esprit de la ville : “…mais, il vivait et, avec un zèle et une opiniâtreté sans pareils, il distillait son unique son, pendant des heures et des heures, jusqu’à ce qu’il devînt, sur cette immense place, le seul son, le son qui survivait à tous les autres…” Presque trente ans ultérieurement, Ahmed El Hayani le fait, cette fois-ci architecturalement conquis, en peinture. D’intenses vibrations d’un passé très présent se meuvent dans une nette et ambitieuse volonté de construire en suggérant, un espace où lumière et geste se confondent dans une harmonie presque musicale, car fort habilement réussie : le fantôme de ce lieu mythique de princes et conquérants resurgit, puissamment structuré par l’invisible mécanisme produisant à l’inini une mélodie toujours pas oubliée. Et dont la sonorité picturale rythmée, pertinente est ici doublement magique, parce qu’enveloppée dans cette transparente lumineuse unique qui semble se dégager d’une atmosphère chargée d’histoire - commune et personnelle à la fois. Marrakech, entre réalité photographique et saveurs architecturales, a fait oublié à l’artiste toute recherche de références directes aux traditionnelles expressions narratives évoquant au premier degré le geste qui semblait appartenir chez Hayani, dans un autrefois lointain, à l’écriture. Repensant en termes actuels cette légendaire construction de l’espace pictural ayant fourni le patrimoine de l’art contemporain mondial, l’artiste y rajoute de soi : la superposition de transparences, obtenues par de subtils effets lumineux ne fait qu’accentuer l’axe de sa recherche. Espace cloisonné et jeu habile de formes géométriques essentielles déinissent cette incarnation platonicienne où la simplicité fondamentale se veut la base de la complexité de l’Univers. Ici, il revit dans une incarnation voilée du réel, transiguré, mais palpable, car disposant d’un corps structuré. En architecte brillant de la couleur, l’artiste a sculpté un rythme pour nous faire saisir un son, celui de la métamorphose unique, mais merveilleusement réussie du récit calligraphique en la maquette d’un souvenir abstraitement recomposé. Le tout, baigné dans la richesse rigoureuse de la patte colorée, semble achever cette longue poursuite de l’instant unique connu et sauvé par l’engouement audacieux que son impression lui a donné lieu d’être. Saisir l’invisible côté d’un réel présent est bien le motif éloquent de cette peinture forte en gestes et subtile en couleurs. Un réel perceptible dans une technique mixte, une jonction entre matériaux organiques, tel le sable et le papier froissé, assurent se mariage harmonieux avec l’acrylique éclatant dans une palette soigneusement distribuée. Une démarche réléchie quoique vivante par l’instinctivité de sa naissance, elle laisse percevoir au loin un futur tout aussi intelligemment bâti dans le respect de son évolution propre et dans la sauvegarde de cette recherche constante de nouveaux cheminements vers un univers structuré par la forme et poétisé par la couleur. Tzvetomira TOCHEVA |